Radio : utilisation de l’anglais et du français en France

By | 21 juin 2020

Bien des pilotes français se posent la question de la langue dans laquelle les communications radio peuvent (ou doivent) se dérouler en espace aérien français dans différents cas de figure.

Dans cet article, je vais essayer d’éclaircir certaines de ces questions en donnant des exemples concrets.

Le cadre légal

Il y a deux principaux textes à prendre en compte :

  1. Le manuel de radiotéléphonie de la DGAC (règlement national)
  2. L’article FCL.055 des textes EASA (règlement européen)

Ces deux textes nous donnent quelques informations intéressantes.

D’une part, le manuel de la DGAC stipule qu’en espace français :

  • Les langues utilisées sont la langue française, ou la langue anglaise (sauf indication contraire publiée par la voie de l’information aéronautique).
  • La langue française est, sauf cas particulier (entrainement par exemple) utilisée entre pilote français et contrôleur français.

D’autre part, le FCL.055 précise la chose suivante :

  •  Les pilotes d’avions, d’hélicoptères, d’aéronefs à sustentation motorisée et de dirigeables qui doivent utiliser un radiotéléphone ne pourront exercer les privilèges de leur licence et de leurs qualifications que si leurs compétences linguistiques sont validées sur leur licence, soit pour l’anglais, soit pour la langue utilisée dans les communications radiotéléphoniques effectuées pendant le vol. La mention indiquera la langue, le niveau de compétences et la date de validité.

On peut donc en tirer les conclusions suivantes :

  1. Une licence EASA n’est valide que si elle est dotée d’une qualification linguistique (pas nécessairement en anglais). En pratique, tous ceux qui font une formation de pilote dans une structure française – et qui sont francophones – obtiennent d’office un niveau 6 en français.
  2. La DGAC impose l’utilisation d’une langue dans certains cas, mais ne précise nulle part si un pilote doit être qualifié pour utiliser telle ou telle langue.

Foire aux questions

Voici quelques unes des questions auxquelles je suis souvent confronté lors de mes différents déplacements pour conduire des examens FCL.055 partout en France. (ces réponses ne sont que mon interprétation de la situation, et ne sont en rien une position “officielle”).

Ai-je le droit de parler anglais à la radio en France sans avoir réussi le FCL055 ?

Oui. Du moment où votre licence est valide, rien ne vous empêche d’utiliser une des langues admises en France, à savoir l’anglais et le français.

Ceci étant dit, il faut être raisonnable : si vous n’avez pas la moindre connaissance de la phraséologie anglaise et que vous essayez d’improviser vos messages “à la bonne franquette”, il y a de fortes chances que le contrôleur repasse en français aussitôt, surtout s’il y a du monde en fréquence !

Dans ce cas précis, il vaudrait mieux soit vous faire accompagner d’un instructeur ou d’un pilote expérimenté, soit prévenir le contrôleur par téléphone avant d’effectuer votre vol, afin que la sécurité ne soit pas mise en jeu.

Il y a néanmoins certaines situations où le français reste de rigueur :

  • Sur les terrains en auto-information dont la carte précise “FR Seulement”. Ceci est une “indication publiée par la voie de l’information aéronautique”.
  • Sur les terrains AFIS ou l’agent n’est pas qualifié pour rendre des services en langue anglaise. En fait, contrairement aux contrôleurs, les agents AFIS ne sont pas obligatoirement qualifiés en anglais

Un pilote sans qualification de langue française sur sa licence peut-il parler français en France ?

Oui. Encore une fois, un pilote peut s’exprimer dans n’importe quelle des langues acceptées en France, à condition qu’il la parle convenablement.

Comme pour un français parlant un anglais approximatif, un pilote étranger qui s’aventurerait à parler dans la langue de Molière avec un contrôleur français risquerait de voir basculer l’échange en anglais.

Le bon sens reste donc de mise. Bien entendu, en cas d’incident où une méconnaissance du français (ou de l’anglais) serait en cause, la responsabilité du pilote en question pourrait être engagée.

Pour ceux qui souhaiteraient avoir un peu plus de tranquillité d’esprit à ce propos, il est possible d’obtenir une attestation de la DGAC comme quoi on a “le droit” d’utiliser le français. En réalité, ce n’est pas une autorisation, mais simplement une reconnaissance du fait que le pilote en question est de langue maternelle française.

Cette attestation est surtout délivrée à des pilotes français ayant fait leur formation dans un autre pays européen et dont la licence ne porte aucune mention linguistique pour le français.